par Lauriane Bradford, Londres
Il ne reste que très peu de traces du passé médiéval de Bruxelles. Fondée au Xe siècle sur les rives de la Zenne, la ville est devenue la capitale de la Belgique lorsque le pays a accédé à l’indépendance en 1830.
Après l’indépendance, la nouvelle capitale a subi d’importantes transformations pour devenir une ville moderne, élégante et agréable, inspirée du Paris haussmannien. La Zenne, polluée et non navigable, a été recouverte et remplacée par un canal reliant Anvers à Charleroi. Parallèlement, en réponse à la révolution industrielle et sous l’influence des expositions internationales et universelles, de nouveaux mouvements architecturaux tels que l’Arts and Crafts, l’Art nouveau, puis l’Art déco ont vu le jour à travers l’Europe à la fin du XIXe siècle. À Bruxelles, où la demande en hôtels particuliers et en maisons de ville ne cessait de croître, les architectes Victor Horta et Paul Hankar ont pu laisser libre cours à leur imagination.
Notre promenade dans la périphérie de la ville nous a conduits vers certains des plus beaux exemples d’architecture Art nouveau et Art déco du quartier d’Ixelles. Nous avons commencé par l’Hôtel Albert Ciamberlani, construit par Paul Hankar en 1897 pour la mère du peintre symboliste Albert Ciamberlani. Avec ses deux grandes fenêtres et son impressionnant sgraffite allégorique réalisé par Ciamberlani lui-même, la maison sert aujourd’hui de résidence à l’ambassade d’Argentine. À quelques pas de là se trouve la maison de Hankar lui-même, considérée comme l’un des premiers bâtiments Art nouveau de Bruxelles. Influencé par Viollet-le-Duc et William Morris, Hankar a mené des expériences créatives avec des matériaux tels que le métal et le verre, tout en intégrant des éléments du style néo-Renaissance. Alors que nous déambulions dans le quartier, notre guide a attiré notre attention sur les nombreux détails architecturaux et décoratifs qui ornent tant les maisons privées que les bâtiments commerciaux.
Le patrimoine Art nouveau de Bruxelles s’illustre également à travers la remarquable Maison Roosenboom, conçue par l’architecte Albert Roosenboom en 1900. Sa façade en pierre bleue et blanche, ses élégantes baies vitrées en saillie, ses détails raffinés et ses magnifiques sgraffites en font un chef-d’œuvre du mouvement Art nouveau. Alors que nous admirions ce splendide édifice, nous avons été surpris d’apprendre que Roosenboom en vint plus tard à rejeter, voire à mépriser ce style.
Un exemple encore plus célèbre de l’Art nouveau est la Maison Solvay, commandée par l’industriel Armand Solvay à Victor Horta. Largement considérée comme l’une des plus belles résidences Art nouveau au monde, elle se distingue par ses vitraux, son magnifique escalier et sa somptueuse décoration intérieure. Après avoir d’abord été déçus de ne pouvoir visiter aucune de ces maisons, qui étaient soit des résidences privées, soit en cours de rénovation, soit non incluses dans la visite, la chance a tourné et certains d’entre nous ont réussi à réserver une visite de la Maison Solvay. Armand Solvay a accordé à Horta un budget illimité, et le résultat est à couper le souffle. Pour ceux qui ont visité les deux, le Musée Horta semble comparativement modeste et moins inspirant.
La dernière partie de notre promenade nous a ramenés à l’Art déco, en commençant par une visite de l’église Sainte-Croix pour finir à l’Abbaye de la Cambre, une ancienne abbaye cistercienne qui fut gravement endommagée pendant les guerres de religion. Le complexe médiéval a été reconstruit au XVIIe siècle, puis réaménagé au cours des siècles suivants. L’église et le cloître médiévaux se dressent toujours au cœur de ce cadre verdoyant et paisible.
Cette promenade nous a donné un petit aperçu des joyaux architecturaux de Bruxelles et nous a donné envie d’y revenir, car il reste encore tant à voir.

